Le 13 avril 2016 était votée la loi portée par Laurence Rossignol pour lutter contre le système prostitutionnel et accompagner les personnes prostituées. 10 ans plus tard, les constats demeurent alarmants et en particulier concernant les mineurs.
S’il est très compliqué de déterminer précisément le nombre de jeunes en situation d’exploitation sexuelle, l’augmentation ces dernières années est incontestable. Selon l’Observatoire national des violences faites aux femmes ayant publié son dernier rapport le 10 avril dernier, 44 % des victimes de proxénétisme ou de recours délictuels à la prostitution sont mineures, chiffre en hausse depuis plusieurs années. Entre 2016 et 2024, le nombre de victimes mineurs enregistrés a augmenté de plus de 140 % (contre une hausse de 110 % pour les adultes).
Face à ce constat, institutions, fédérations et associations de terrain se mobilisent. Le jeudi 9 avril dernier, dans le cadre de son cycle de conférences « Enfance en débat », le Haut-commissariat à l’enfance a proposé une matinée de réflexion sur la prévention et la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs. Début avril, le CNAEMO a consacré ses assises nationales annuelles à ce phénomène avec comme titre « Sex’ploitation, Mineurs en danger ». Ces temps révèlent l’ampleur de la problématique et la nécessité de documenter, comprendre et trouver collectivement des solutions face à un phénomène en perpétuel mouvement.
En effet, en 10 ans, la dimension et la forme de l’exploitation sexuelle des mineurs ont fortement évolué. Le développement du numérique est un facteur d’amplification majeur complexifiant la prise en charge des jeunes (à plus de 90 % de jeunes filles). Les victimes sont de plus en plus jeunes.
Déscolarisation, relations familiales conflictuelles, psychotraumas sont autant de facteurs de risque d’être ciblé par des proxénètes ; or ce sont des caractéristiques surreprésentées chez les jeunes protégés. Delphine Jarraud, déléguée générale de l’Amicale du Nid, le rappelle : l’aide sociale à l’enfance ne produit pas de la prostitution ; cependant, les proxénètes, qui connaissent la fragilité de ces jeunes, se rapprochent des structures de l’aide sociale à l’enfance. Face à cette réalité, les professionnels témoignent de leur impuissance et du manque d’outils dont ils disposent.
La CNAPE, déjà engagée dans la lutte contre l’exploitation sexuelle des mineurs, souhaite renforcer ses actions :
- Plusieurs amendements proposés aux parlementaires dans le cadre de la future loi sur la protection de l’enfance
- Un plaidoyer spécifique à l’exploitation sexuelle des mineurs non accompagnés
- Le thème sera au cœur du colloque de la prévention spécialisée de la CNAPE en novembre prochain.