Publiée en avril 2026, la note d’appui de la CNAPE, intitulée « L’enseignant mis à disposition en Centre éducatif fermé : un levier essentiel de reconstruction et d’insertion », livre un plaidoyer étayé pour le maintien des enseignants de l’Éducation nationale au sein des Centres Éducatifs Fermés (CEF), dans un contexte de transition vers les Unités Judiciaires à Priorité Éducative (UJPE).
Elle vise à éclairer les pouvoirs publics et l’ensemble des acteurs sur la plus-value irremplaçable de la présence d’un enseignant spécialisé, à temps plein et sur site, auprès de jeunes en rupture profonde avec le système scolaire.
Un public en rupture scolaire profonde
L’analyse des témoignages recueillis auprès de 17 enseignants révèle plusieurs constats convergents :la quasi-totalité des jeunes accueillis en CEF est en situation de décrochage scolaire sévère, souvent depuis la classe de 5ème. Ces mineurs présentent des parcours « chaotiques », marqués par des exclusions répétées et une perte totale des codes scolaires. Pour ces jeunes, le système de droit commun n’est plus une option viable dans l’immédiat.
La « dentelle pédagogique » : l’expertise du sur-mesure
L’enseignement en CEF ne peut s’envisager sous un format de classe classique. La note souligne une réalité de terrain spécifique :
- L’individualisation extrême : 60% du temps d’enseignement est consacré à du face-à-face individuel pour traiter des lacunes graves en lecture ou écriture.
- Un travail de médiation : L’enseignant agit comme un médiateur indispensable pour restaurer l’estime de soi et neutraliser la peur de l’échec face au groupe.
- La stabilité des profils : Avec une ancienneté moyenne de 3 ans et 7 mois, ces professionnels développent une expertise solide, renforcée pour près de 30% d’entre eux par une certification spécialisée (CAPPEI).
Les risques majeurs d’un désengagement
Le retrait ou la dilution de la présence des enseignants mettrait en péril la mission même des structures. Les professionnels interrogés identifient plusieurs risques critiques :
- La rupture de continuité scolaire : Citée par 14 répondants sur 17 comme le risque principal.
- Le basculement vers l’occupationnel : Sans expertise pédagogique, les activités risquent de perdre leur dimension de validation de compétences et de projection vers l’insertion.
- L’entrave à la réinsertion : L’acquisition des bases scolaires est le préalable indispensable à toute sortie durable de la délinquance.
Face à ces enjeux, la CNAPE réaffirme que la présence d’un enseignant détaché sur site demeure le seul levier garantissant le respect de l’obligation scolaire et la continuité du service public d’éducation. La CNAPE préconise le maintien de ces postes à temps plein au sein de chaque unité . Toute substitution par des profils purement techniques ou une dilution des effectifs sur plusieurs sites constituerait un recul massif des droits à la scolarisation pour ces mineurs