1. La création des UJPE : l’affirmation d’une nouvelle conception du placement
L’innovation centrale est le remplacement des Centres Éducatifs Fermés (CEF) et des Unités Éducatives d’Hébergement Collectif (UEHC) par un modèle unique : les Unités Judiciaires à Priorité Éducative (UJPE).
2. Un durcissement du cadre de vie et de la discipline
La circulaire impose un cadre nettement plus restrictif pour les mineurs placés, notamment pour contrer l’influence des réseaux de criminalité.
- Guerre au numérique : L’interdiction des téléphones portables dans les chambres et leur usage limité en collectif devient la règle. Il s’agit de protéger les mineurs contre le recrutement par des proxénètes ou trafiquants via les réseaux sociaux.
- Sécurisation et « contenance » : Le texte parle de « contenance rigoureuse ». Il appelle à une coopération renforcée avec les forces de sécurité intérieure pour protéger les abords des établissements et lutter contre les fugues.
3. Les enjeux juridiques de la transition (septembre 2026)
Le texte explique un point de vigilance technique crucial pour les magistrats :
- Perte de levier coercitif : À partir du 1er septembre 2026, la transformation des CEF du secteur public en UJPE empêchera la révocation du contrôle judiciaire pour les 13-16 ans en cas de manquement.
- Stratégie de contournement : Pour maintenir un cadre contraignant, le ministre demande aux parquets de privilégier le secteur associatif habilité pour les mineurs de moins de 16 ans, afin de préserver la possibilité d’un mandat de dépôt en cas de violation des obligations.
4. Moyens et « recentrage » du milieu ouvert
Tout en durcissant le placement, la circulaire annonce des renforts :
- Ressources humaines : Création de 60 postes d’infirmiers et de 150 postes d’éducateurs pour le milieu ouvert.
- Priorisation stricte : Le texte demande explicitement de prioriser les mineurs par rapport aux jeunes majeurs et de réduire les tâches administratives des éducateurs pour les rendre au « travail éducatif » direct.
Pour une mise en perspective, cette circulaire intervient 10 ans après la dernière circulaire du 13 décembre 2016, signée par Jean-Jacques Urvoas, et illustre un glissement idéologique et structurel profond dans la justice des mineurs en France. Si 2016 misait sur la souplesse pour éviter de « figer » le mineur dans la délinquance , 2026 part du constat que la délinquance a muté (réseaux sociaux, narcotrafic) et nécessite une réponse plus frontale et immédiate.
La circulaire de 2016 était celle de la personnalisation, portée par une vision optimiste de l’éducatif. Celle de 2026 est celle de la rationalisation sécuritaire. Elle tente de sauver l’aspect éducatif en le labellisant « priorité » dans les nouvelles UJPE , mais elle le fait dans un cadre beaucoup plus coercitif (protocoles anti-fugues, lutte contre les stupéfiants, gestion des abords avec les préfets).