La mesure judiciaire d’aide à la gestion du budget familial (MJAGBF) fait aujourd’hui l’objet d’un éclairage approfondi grâce à l’étude, récemment publiée, du CNDPF et de l’UNAF.
Menée dans quatre départements (Alpes-Maritimes, Drôme, Isère et Pas-de-Calais), elle s’appuie sur une enquête associant institutions, professionnels et familles accompagnées. Le rapport souligne la sous-utilisation de cette mesure, malgré de nombreux effets positifs sur les bénéficiaires, et porte des recommandations fortes pour y remédier.
Si les besoins demeurent importants, voire s’accroissent, le nombre de mesures tend à diminuer depuis une dizaine d’années, passant de plus de 15 000 en 2014 à 13 000 en 2023. À cette baisse nationale s’ajoute une forte hétérogénéité du nombre de mesures selon les départements.
Conséquence : l’entrée dans la mesure intervient tardivement, lorsque la situation est déjà fortement dégradée. Sa mise en place s’accompagne souvent de réticences importantes de la part des familles, qui perçoivent initialement la MJAGBF comme une forme de contrôle social. Le premier travail des délégués aux prestations familiales consiste alors à déconstruire ces représentations, à réaffirmer la place des parents et à positionner la mesure comme un appui plutôt qu’une sanction. Avec le temps, cette posture favorise une adhésion progressive et permet à la mesure de produire des effets, à la fois concrets et structurants.
La gestion des prestations permet une stabilisation des conditions matérielles de vie : reprise du paiement des charges, apurement des dettes, amélioration du quotidien des enfants. Au-delà de ces aspects immédiats, elle ouvre un véritable espace d’apprentissage : les familles développent des compétences budgétaires, apprennent à anticiper, à planifier, à épargner. Les répercussions sont alors multiples : ouverture au monde des enfants, restauration de l’estime de soi des parents, redéfinition du rôle parental ou encore amélioration des relations familiales.
En somme, par la sécurisation du cadre financier et matériel, la MJAGBF agit comme un levier sur les dynamiques éducatives et le pouvoir d’agir des familles. En complément d’une autre mesure de protection de l’enfance, elle permet aux autres professionnels de se centrer sur la dimension éducative et peut limiter la durée de certaines mesures plus lourdes, voire éviter des placements.
Malgré l’impact social de la MJAGBF, des freins persistent encore. Le pilotage apparaît fragmenté, réparti entre de nombreux acteurs (CAF, État, conseils départementaux), sans réelle coordination. La connaissance de la mesure reste inégale parmi les professionnels. Ces limites entrainent des évaluations incomplètes et une sous-prescription.
Face à ces constats, le CNDPF et l’UNAF formule trois grands blocs de préconisations :
- retravailler le pilotage et l’animation de la mesure ;
- favoriser la connaissance de la MJAGBF par les acteurs concernés (travailleurs sociaux, professionnels de la justice, partenaires) ;
- et soutenir la pratique des délégués aux prestations familiales (amélioration de la formation initiale et continue ; partage de bonnes pratiques).
Cette étude met en lumière la capacité de la MJAGBF à agir à la fois sur les conditions matérielles de vie, les compétences parentales et les dynamiques familiales et appelle à lui donner toute sa place dans les politiques publiques.